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La solitude dans le métier d’assistant.e maternel.le

Camille - Co-fondatrice

Le métier d’assistant·e maternel·le est souvent mal compris, et pourtant, il est essentiel au quotidien de nombreuses familles. Cependant, il vient avec ses propres défis...

Assistante maternelle solitude
Toute la journée, il y a des enfants, des jeux, des repas, des histoires, des pleurs, des rires, des transmissions avec les parents… Et pourtant, le métier d’assistant·e maternel·le peut être profondément solitaire. Car être entouré d’enfants ne signifie pas être entouré professionnellement. Lorsqu’on exerce à son domicile, il n’y a généralement ni collègue dans la pièce d’à côté, ni responsable à qui demander un avis, ni équipe avec laquelle débriefer une journée compliquée.
💡 Un isolement qui n’a rien d’anecdotique

Dans son rapport publié en 2025 sur l’accueil du jeune enfant par les assistants maternels, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) parle d’un « isolement marqué ».

Parmi plus de 9 000 assistants maternels interrogés, plus de 35 % citent l’isolement professionnel et la solitude parmi les principaux inconvénients du travail à domicile.

Source : rapport IGAS sur l’accueil du jeune enfant par les assistants maternels

Un métier très autonome… avec le revers de cette autonomie

L’autonomie est justement l’un des aspects les plus appréciés du métier. Pouvoir organiser ses journées, construire son projet d’accueil, proposer ses propres activités ou aménager son environnement de travail fait partie de ses grandes richesses. Mais cette liberté signifie également devoir gérer seul de nombreuses situations. Selon les données de la Dares reprises par l’IGAS, 75 % des assistants maternels déclarent devoir régler seuls les incidents qui surviennent dans leur travail, contre 43 % des employés dans leur ensemble. Une matinée difficile, un enfant qui ne mange plus, un comportement inhabituel, une incompréhension avec un parent, une question sur ses pratiques… Dans une crèche ou une autre structure collective, ces situations peuvent être discutées avec une équipe. À domicile, il faut souvent prendre du recul seul. Et c’est parfois là que le poids du métier devient moins visible.

Quand le lieu de travail est aussi le lieu de vie

Il existe une autre particularité fondamentale du métier : le domicile devient un espace professionnel. La cuisine, le salon, le jardin, parfois les chambres… le lieu de vie familial est adapté chaque matin pour accueillir les enfants avant de redevenir, le soir, un espace privé. La CNAF s’est intéressée précisément à cette frontière dans son étude consacrée aux conditions de travail des assistantes maternelles. Elle montre notamment que travailler à domicile ne supprime pas les conflits entre vie professionnelle et vie familiale. Ils peuvent concerner l’utilisation des pièces de la maison, les horaires de travail ou encore la disponibilité accordée à ses propres enfants.
Être à la maison ne signifie pas forcément être disponible pour sa propre famille.

Lorsque le domicile devient également le lieu de travail, les frontières entre vie personnelle et vie professionnelle peuvent devenir beaucoup plus difficiles à préserver.
Certaines personnes deviennent assistantes maternelles notamment pour pouvoir être davantage présentes auprès de leurs enfants. Mais accueillir plusieurs enfants pendant dix heures ou davantage signifie aussi que, pendant cette période, les besoins des enfants accueillis passent nécessairement au premier plan. Consulter l’étude de la CNAF sur les conditions de travail des assistantes maternelles

« Tu es chez toi » : une frontière parfois difficile à faire comprendre

Cette confusion entre domicile et lieu professionnel ne concerne pas uniquement la famille de l’assistante maternelle. Elle peut également exister dans la relation avec les parents employeurs.
  • Une transmission qui dure vingt minutes de plus.
  • Un parent qui arrive en avance et souhaite entrer.
  • Un message envoyé tard le soir.
  • Une question administrative pendant le week-end.
Pris séparément, ces événements peuvent paraître anodins. Mais lorsqu’ils se répètent, ils peuvent donner l’impression que la journée professionnelle ne se termine jamais réellement. Le fait qu’une assistante maternelle travaille chez elle ne signifie pas qu’elle soit disponible en permanence. Poser des limites n’est donc pas un manque de disponibilité ou de bienveillance. C’est aussi une façon de préserver son équilibre professionnel et familial.

La solitude professionnelle peut aussi peser émotionnellement

Le métier implique une forte responsabilité. Pendant plusieurs heures, l’assistant·e maternel·le est responsable de très jeunes enfants et doit continuellement observer, anticiper, sécuriser, accompagner et prendre des décisions. À cela peuvent s’ajouter les relations avec plusieurs familles, les contrats, les changements de planning, les désaccords éventuels ou simplement certaines périodes plus difficiles avec un enfant. Lorsque tout cela reste sans espace pour en parler, la charge peut s’accumuler. La CNAF relève d’ailleurs que les groupes et réseaux entre assistants maternels sont utilisés non seulement pour rechercher une information, mais également pour partager une difficulté, trouver du soutien ou échanger autour de situations professionnelles. Parfois, il ne s’agit même pas de chercher une réponse. Simplement de pouvoir demander :
« Est-ce que quelqu’un a déjà vécu ça ? »
Et de découvrir que d’autres professionnelles rencontrent exactement les mêmes difficultés.

Alors, comment rompre l’isolement ?

Il n’existe évidemment pas une solution unique. Le plus efficace est souvent de créer progressivement son propre réseau professionnel.

Le Relais Petite Enfance

Le Relais Petite Enfance (RPE) est l’un des premiers points d’appui possibles. La loi lui confie notamment la mission d’offrir aux assistants maternels un cadre pour échanger sur leurs pratiques professionnelles. Les RPE peuvent également organiser des ateliers d’éveil, des rencontres, des réunions thématiques, accompagner la formation professionnelle et permettre aux enfants accueillis de rencontrer d’autres enfants. Tous les relais n’ont évidemment pas les mêmes moyens ni la même dynamique, mais ils peuvent devenir un véritable lieu de rencontre entre professionnels. Voir les missions des Relais Petite Enfance sur Légifrance
En savoir plus auprès de la CAF

Les associations et collectifs locaux

De nombreuses communes disposent également d’associations ou de collectifs d’assistantes maternelles. Sorties communes, activités, événements, discussions sur les pratiques, prêt de matériel ou simplement café entre professionnelles… Ces moments permettent de retrouver quelque chose qui manque naturellement lorsque l’on travaille seul : des collègues. Il n’est pas nécessaire de travailler ensemble toute la journée pour créer un collectif professionnel.

Les syndicats et organisations professionnelles

Un syndicat ou une organisation professionnelle peut également constituer un réseau. Au-delà de la défense des droits, certaines structures proposent des permanences, réunions, formations, outils ou groupes d’échanges. La CGT des services à la personne évoque par exemple la lutte contre l’isolement des assistants maternels, le partage d’expériences et l’accompagnement professionnel. Découvrir les ressources de la CGT pour les assistants maternels Ces organisations peuvent être particulièrement utiles lorsque la difficulté concerne le droit du travail, le contrat ou la relation avec un employeur.

Les communautés en ligne

Facebook, WhatsApp, forums ou communautés spécialisées occupent désormais une place importante. Lorsqu’une situation arrive après une longue journée, pouvoir échanger rapidement avec d’autres professionnelles peut déjà changer beaucoup de choses. L’IGAS constate elle aussi que les réseaux sociaux permettent à de nombreux professionnels de contourner une partie de cet isolement, de partager leurs expériences, leurs émotions ou leurs idées.
⚠️ Entraide ne veut pas toujours dire information fiable.

Une communauté est précieuse pour partager des expériences. Pour une règle de convention collective, un calcul de salaire ou une question réglementaire, mieux vaut toujours revenir à une source fiable.

Et il y a aussi toute cette partie du métier que personne ne voit

Quand le dernier enfant est parti, la journée n’est pas nécessairement terminée. Il faut parfois nettoyer, préparer l’activité du lendemain, répondre à un parent, chercher un futur contrat, vérifier un planning, calculer un salaire ou gérer des congés. L’IGAS relève que les assistants maternels interrogés estiment consacrer 30 à 90 minutes par jour au ménage directement lié à leur activité. À cela peuvent encore s’ajouter la préparation des activités, les courses et les tâches administratives. C’est aussi pour cela que l’administratif peut devenir pesant. Pas uniquement parce qu’il faut effectuer des calculs, mais parce qu’il vient souvent se glisser après une journée déjà bien remplie.

La technologie peut aider, mais elle ne remplacera jamais un réseau humain

C’est aussi la manière dont nous voyons notre rôle chez Pandi Panda. Un logiciel peut automatiser des calculs, aider à gérer un contrat, partager un planning avec un parent ou simplifier une déclaration. Il peut éviter qu’une assistante maternelle passe sa soirée à chercher comment calculer une absence ou ses congés payés. Mais aucune application ne remplacera un RPE, une collègue avec qui discuter, une association, un syndicat ou simplement quelqu’un capable d’écouter après une journée difficile. Chez Pandi Panda, notre ambition est de prendre notre part : rendre la gestion entre parents et assistants maternels plus claire et plus partagée afin qu’elle prenne le moins de place possible dans leur quotidien.

Travailler seul ne devrait jamais signifier rester seul

Le métier d’assistant·e maternel·le offre une autonomie importante, une relation privilégiée avec les enfants et la possibilité de construire un accueil profondément personnel. Mais cette autonomie ne doit pas conduire à laisser les professionnels seuls face à toutes leurs responsabilités. RPE, associations, autres assistantes maternelles, syndicats, communautés en ligne… Créer et entretenir son réseau professionnel fait aussi partie des moyens de préserver son équilibre. Parce qu’avoir besoin d’échanger, de demander conseil ou simplement de raconter une journée difficile n’enlève rien au professionnalisme. C’est aussi cela, travailler entouré.

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